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LE CLUZEAU DE LA PETITE CLAVELIE
OUVERT POUR CAUSE D'INVENTAIRE

La sortie du 5e tome de l'inventaire des cluzeaux du Périgord - « Cluzeaux et souterrains du Périgord » de Serge Avrilleau aux éditions PLB - a eu lieu samedi 15 octobre dans un endroit particulièrement bien indiqué. Le hameau de la Petite Clavelie renferme en effet sur la propriété de Jean-François Ténès un souterrain refuge représentatif de ces impressionnantes architectures qui, certes, ne grattent pas le ciel mais trouent le sol. Un public nombreux a pris place dans la belle grange transformée en auditorium. Trois cycles de conférences du maître ès-cluzeaux, parfaitement bien documenté, furent ponctués par la visite du cluzeau témoin. Serge Avrilleau et Jean-François Ténès nous ont expliqué, en interview, leur fascination pour ces lieux façonnés sous terre par les hommes, pour des motifs qui restent à vérifier.


Plan du cluzeau de la Petite Clavelie - Serge Avrilleau

L'APPEL DU CLUZEAU

Les cluzeaux sont des trous, dans les falaises, au ras du sol ou sous terre. Des cavités naturelles, aménagées ou entièrement creusées. La question est de savoir, dans ce dernier cas, qui les a creusés et pourquoi ?
Ayant découvert enfant le monde souterrain au Gouffre de Padirac, Serge Avrilleau, originaire de Saint-Astier, fera partie dans sa jeunesse du fameux G.S.A. (Groupe Spéléologique Astérien), aux côtés de futurs grands noms de l'archéologie, de la préhistoire et de la biologie : Danilo Grébenart, Norbert Aujoulat et Claude Mouchès. Lui suivra la voie tracée par son père, notaire. Mais en dehors des heures de bureau, il s'imposera comme un spéléologue intuitif, infatigable, méthodique et rigoureux.
Familier du monde souterrain naturel et parfois préhistorique, Serge Avrilleau a fréquenté les grottes de Lascaux et de La Mouthe avec l'Abbé Glory. C'est lorsqu'il découvre que certaines cavités ont été entièrement creusées de main d'homme, des maisons enterrées avec couloirs, salles, escaliers, qu'il a le choc qui marquera sa vie.
Nous sommes dans les années 60, il s’attelle alors à une véritable mission, les retrouver, les découvrir, les décrire et en dresser l'inventaire.
Il a répertorié à ce jour 1600 cluzeaux en Périgord. Il vient donc de faire paraître aux éditions PLB son 5e tome, consacré à l'arrondissement de Nontron. Déjà rédigé, le 6e tome consacré à l'arrondissement de Périgueux paraîtra l'an prochain. Il ne manquera plus alors que le tome 7, qui dressera l'inventaire des cluzeaux du Sarladais.
Quant aux réponses aux questions du qui et du pourquoi, même après toutes ces années, il reste très prudent car il y a bien des pistes mais qui n'ont pu à ce jour être véritablement attestées.

QUI LES A CREUSÉS ET SURTOUT, POURQUOI ?

Hypothèse 1 : DES MAISONS POUR LES ESPRITS

Les cluzeaux sont-ils des lieux cachés pour la survivance de rites païens qui existaient bien avant le christianisme ? Ces croyances et traditions ont perduré en traversant clandestinement tout le Moyen-Âge et ont ressurgi à la faveur des hérésies. Il est à noter que les cathares, persécutés, avaient compris l’intérêt des cluzeaux pour s’y réfugier et que c’est précisément l’Inquisition qui en ordonna la fermeture par un décret de Raymond VII, comte de Toulouse, promulgué en 1233.
Il faut imaginer que pendant cette difficile transition entre païen et sacré, l'humain face à la mort se trouve coupé en trois. Il y a le corps qui est inhumé et l'âme, dont l'Église se charge. Reste l'esprit, que l'Église réfute. Certains auteurs, tel Maurice Broëns, considèrent que les cluzeaux souterrains ont pu avoir la fonction d'hypogées ou " maisons des esprits ". C'est la conception chthonienne de l'antichambre avant l'envol vers le monde des esprits. Une montée prévue au moment des canicules, vers le 15 août, devenu comme par hasard la fameuse Assomption des catholiques.

Hypothèse 2 : DES SOUTERRAINS REFUGES

Face à la découverte de cluzeaux équipés de dispositifs manifestement défensifs : barrages, conduits de surveillance par lesquels on regarde, meurtrières d’où pouvaient être propulsées piques et flèches, goulots étroits et oubliettes savamment dissimulées, mais aussi fosses aménagées dans le sol à même de réserver des vivres et de l'eau, l'autre hypothèse est celle de souterrains refuges bâtis par des tailleurs de pierre professionnels, dans le plus grand secret.
Ceci afin de pouvoir s'y réfugier en cas d'attaque, à condition toutefois d'avoir entretenu en permanence la présence de vivres à l'intérieur. Quels attaquants ? Les Barbares de nos livres d'histoire, les Alains, les Vandales, les Wisigoths, au début de l'ère chrétienne, puis les terribles Normands capables de remonter les rivières peu profondes à bord de leurs embarcations à fond plat ? Quels ennemis attendait-on vraiment ? Là, c'est le flou, à vrai dire. Une seule certitude, il fallait vraiment avoir une bonne raison pour aller se cloîtrer sous terre dans des espaces humides, sombres et réduits, très peu hospitaliers.

Y-A-T-IL UNE VIE DANS LE CLUZEAU ?

À l'instar de certaines expériences menées autrefois « hors du temps », dans des grottes ou des gouffres naturels, pour progresser sur ces questions Serge Avrilleau a un projet : une expérimentation. Faire vivre une famille dans un cluzeau pendant quelques temps et voir ce qui arrive. C'est une aventure qu'il souhaite mettre sur pied et sous terre dès l'année prochaine, faute de pouvoir, au titre d'amateur, obtenir des autorisations de fouilles, ce qui constitue son grand regret. Il ne fouillera donc pas le sol mais sondera l'humaine psyché. Avis aux volontaires.

Sophie Cattoire

 

Prochaine conférence de Serge Avrilleau : Cluzeaux et souterrains de Sorges
29 octobre 2011, 16h, Salles des Fêtes, Sorges.
Le tome 5 sera disponible et dédicacé par l’auteur.

 

Définition des cluzeaux :
Souterrains refuges sous terre, habitations troglodytiques au niveau du sol ou cluzeaux de falaise, l'appellation "cluzeaux" recouvre aussi les souterrains de communication reliant différentes parties d'un château, ou un château à une église proche, des souterrains de fuite, galeries pour s'échapper dans la nature ou des aqueducs, galeries rectilignes pour aller chercher de l'eau. Mais aussi des glacières et pigeonniers clandestins, certains cluzeaux ont même servi à des faux-monayeurs et aux maquisards. Leurs structures et leurs fonctions ont ainsi pu varier en fonction des mœurs au dehors, des besoins techniques ou des difficultés historiques.
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